Coup de soleil (1/4)

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(Première publication le 10 août 2012)

Comme toujours, comme jamais. Beau à mort.

Au dessus de la mêlée, de la pluie qui nous faisait croire. Qui nous faisait rêver. Cadeau irradiant d’une jolie mélodie mais trop souvent répétée. Un chant d’oiseau qui siffle sur les fils inondés de soleil. Résolument excitant. Troublant, tremblant. Troublements de Terre. Troublement d’esprit, confusion.

Cadeau qui nous tuaient à petit feu : le soleil.

– Tu vois ?

– Ouais, mentis-je. Bien sûr que je vois, j’en suis pas encore là tout de même !

Sauf que tout baignait dans la lumière. La voiture était perdue et moi… j’en étais là. Inutile de se mentir. Impossible de la retrouver au milieu de cette purée de poix qui se déposait sur mes yeux, ce paysage inondé de ce crétin de soleil qui n’en finissait pas de m’envahir mes mirettes.

Mais Ben, lui, voyait tout bien sûr, mais ne se rendait compte de rien. Prodigieux imbécile, il ne se rendait pas compte, il ne percevait pas notre douleur.

– Il n’y a rien ! dit enfin Jenna. Il n’y a rien du tout. Tout est trop… plein. Je ne vois rien. On ne voit rien. Tu te fous encore de notre Gueule Sophie !

Un moment passa. Ben prit les clés du véhicule, je ne fis pas un geste pour l’empêcher et m’assis docilement à la place du mort. Jenna me tenait la main, c’était elle la moins protégée avec ses grands yeux bleus.

En vingt ans, l’astre lumineux s’était approché de notre planète de plusieurs centaines de kilomètres. Tout serait bientôt fini, encore dix ans tout au plus à tirer.

La bonne nouvelle, c’était que les extraterrestres étaient enfin partis, la mauvaise, c’est qu’il nous avait laissé un cadeau en guise d’adieu : une sorte d’ancre, un peu comme celle utilisée pour stopper la progression du temps flou il y a quelques centaines d’années, mais celle-ci avait pour rôle d’attirer le soleil comme un aimant. Et impossible de la briser, de la deconnecter ou quoi que ce soit ! Les plus grands esprits du monde sont restés là, comme des cons à regarder ce truc indestructible, alimenté par le soleil, et qui devenait donc de plus en plus fort. Impossible non plus de le couvrir – il brûlait tout sur le passage de son rayon tracteur. Rien à faire.

Bien sûr, il y avait eu un plan pour sauver l’humanité… et il avait même marché !

Plus de cent millions d’êtres humains étaient actuellement en route pour trouver une nouvelle planète où s’installer dans d’énormes vaisseaux construits avec la rage et le sang de l’espoir.

Eux, ceux qui erraient encore – les bronzés, comme la presse les avaient surnommé – eux n’avaient simplement pas eu de chance ! Ils avaient fait partie des 99% qui avait travaillé d’arrache-pied pendant plus de dix ans pour finalement perdre leur place à la loterie.

Ben avait les boules. Il les avait constamment. Il les avait depuis dix ans, depuis qu’il avait donné sa santé sur les chantiers pour finalement être cloué au sol, à dorer avec les vers de terre. Logiquement, il avait pourtant sa place presque réservée : c’était un gros travailleur, spécialisé dans la construction. Il faut dire que tout était calculé, les places à la loterie était distribuée en fonction du temps passé à construire les vaisseaux et de son utilité une fois en haut. Ben avait reçu sept tickets – à titre de comparaison, je n’en avais que deux, et encore, j’avais dû faire plaisir à tout un tas d’officiels pour le deuxième ticket. Il faut croire que ce n’était pas suffisant, qu’il était condamné à se dorer la pilule avec nous autres.

Pas de chance. Pourtant, il y avait toujours cette rumeur folle : Quelqu’un – on ne savait ni qui, ni comment bien entendu – était en train de construire une autre navette et de rassembler les survivants des multiples désastres -naturels et causés par la folie des hommes – qui avaient décimé la population.

Il suffisait juste de le trouver. Juste.

Et bien sûr, il n’avait pas pensé à mettre des panneaux indicateurs.

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