Coup de soleil (4/4)

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(Publié pour la première fois le 10 août 2012 )

Cela fait maintenant six mois que nous trimons sous un soleil de plomb fondu qui nous tombe désormais en gouttes brulante sur tout le corps. Qu’importe, la construction des nouveaux vaisseaux avance, sous la férule des soldats qui organisent notre camp de travail. Les conditions, déjà très rudes, ont catastrophiquement empiré cette semaine. Maudite tempête solaire ! Mais la possibilité tangible, concrète, de partir nous pousse à aller au delà même de leurs attentes les plus folles.

Même Jenna, bien qu’elle soit désormais pratiquement aveugle, travail de son mieux, à des postes que j’amènage au mieux pour elle. Elle a de l’espoir, ça se voit ; elle se rêve déjà là-bas, dans l’espace puis sur la nouvelle Terre, où qu’elle soit.

Ben, lui, n’aura pas cette chance, il est mort d’épuisement hier, après ses heures de travail : professionnel jusqu’au bout. Il aura peut être droit à une médaille ? Dans son délire, il répétait que tout était de sa faute, mais qu’il n’était qu’un gamin. Il parlait aussi d’une omelette. Peut-être voulait-il un dernier repas ?

Bien entendu, les rumeurs les plus folles court de partout : on parle d’une nouvelle élection – alors qu’on nous a assuré que tout le monde pourrait monter à bord – on dit aussi que chaque pays possède son programme de construction et qu’il n’y a pas de carburant pour tout le monde, ou bien que le résultat de la dernière loterie était truqué, qu’ils avaient déjà sélectionné ceux qui partiraient. On dit aussi qu’ils ne sont jamais parti, qu’ils ont eu un terrible accident, ou qu’ils se sont perdus dans l’espace.

On dit enfin que tout ça, c’est du vent. Que tous ces vaisseaux, ils ne décolleront jamais, parce que les ingénieurs et les pilotes sont déjà tous partis. On dit que ceux qui restent sont des faux, des acteurs. Qu’ils ont décidé de faire ça pour arrêter l’anarchie, pour qu’on reste calme jusqu’à la fin. Parce que l’espoir fait vivre.

Mais moi, je veux y croire. Justement. Encore. Même si chaque nuit, maintenant que les vaisseaux sont presque achevés, je m’endore la peur au ventre, en redoutant de me réveiller au matin avec le bruit des navettes qui nous abandonnent, encore un fois.

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