L’occase (1/2)

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Première publication le 10 août 2012

Minuit. Trop perdu, pas à ma place. Même les chouettes nous regardaient comme des souris. Et moi, en prime, je me faisais engueuler !

– Passe tes genoux.

– Non

– Je m’en fous de ce que tu veux ! Passe tes genoux d’abord, on discutera après.

– Mais comment, c’est trop plein, y’a du sang vert partout !

– Ecoute Ben, ne te fout pas de ma gueule, c’est pas si dur que ça. Et puis c’est toi qui l’a tuée après tout !

– Oui, mais c’est ma première, alors, je ne sais pas faire comme toi !

– Moi non plus, je ne l’ai jamais fait, je t’ai raconté des bobards, sinon, tu ne m’aurais jamais accompagné !

– Quoi ? Petit con, andouille, regarde dans quoi tu nous as mis !

– Dans quoi je t’ai mis. Moi, je reste là, je plonge pas dedans ! Et maintenant que tu y es, passe tes genoux et prend l’oeuf.

Tom avait raison. Il faisait son craneur parce qu’il avait deux ans de plus que moi, mais je savais qu’ au fond, il avait raison. Mais moi j’avais quelque chose de bien plus fort que la raison, j’avais la frousse. Depuis que les bestioles de l’espace étaient arrivées, jamais je ne m’étais approché d’aussi près. Alors, de là à en tuer une ! C’était Tom qui m’entrainait toujours dans ces coups à moitié pourris. Ma mêre me prévenait pourtant à chaque fois, comme si elle avait un radar spécial pour ses choses-là. Mais je ne me sentais plus obligé de toujours fait ce qu’elle disait, j’avais neuf ans tout de même ! Alors non. Il fallait que je le suive. Encore et toujours. Jusqu’à la mêre de toute les conneries qu’on aurait pû faire. Mais ensemble.

Pourquoi ? Parce que la vie à la campagne, ce n’était pas la vie. Ce n’était plus la vie, depuis que la télé nous montrait la vraie vie. Celle des gens de la ville qui combattaient l’invasion extraterreste. Ici, ils ne nous combattaient même pas, ils nous envoyaient leurs jeunes, leurs vieux et les femelles enceintes : On était une sorte de colonie de vacances de la guerre, et les autres, les adultes, ils aimaient ça, une honte ! Alors, quand on a eu l’occasse d’en choper une et son oeuf… on a pas hésité ! Surtout qu’à priori, personne n’avait encore osé, bande de mauviettes.

Alors, oui. Finalement, j’ai passé les genoux. Je me suis complêtement accroupi en elle. J’ai plongé mes mains, ça faisait drôle, comme quand mon père m’a laissé accoucher la vache. C’était chaud, et ça bougeait encore un peu. Mais je n’avais plus peur. J’étais dedans maintenant, qu’est-ce qui pouvait arriver de pire ?

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